Le Japon baisse la lumière
- Politis vendredi 4 novembre 2011, par Claude-Marie Vadrot, Patrick Piro -


Avec 80 % de ses réacteurs à l’arrêt après l’explosion à Fukushima, le pays s’en sort grâce à une chasse au gaspillage.

À son corps (et gouvernement) défendant, le Japon, société énergétivore, se trouve dans une situation très particulière : sur 54 réacteurs nucléaires en état de marche avant l’accident de Fukushima en mars 2011, seuls 10 sont actuellement en service. Mais alors, comment font les Japonais ?

Troisième producteur d’électricité nucléaire dans le monde, le pays couvrait, jusqu’au printemps, près de 30 % de ses besoins grâce au nucléaire, le thermique classique (fioul, gaz, charbon) comptant pour 60 % et l’hydraulique pour 10 %. Le gouvernement entendait augmenter la part de l’électricité nucléaire à 45 % pour 2017. Objectif annulé par la catastrophe : la construction de 14 nouveaux réacteurs est gelée, ceux de la ­centrale de Fukushima (6) sont définitivement arrêtés, et 39 autres n’ont pas obtenu l’autorisation de redémarrer ou bien sont en opération de maintenance.

Les promesses de développement des énergies renouvelables du nouveau gouvernement (solaire, éolien et turbines exploitant les courants maritimes) mettront des années à se concrétiser. Dans l’immédiat, le Japon a poussé son parc de centrales thermiques classiques au maximum, mais s’est surtout tourné vers des mesures bien connues des partisans de la sortie du nucléaire : les économies d’énergie !

Le pays vit donc depuis sept mois en consommant moins d’électricité. Une campagne nationale d’économie a été lancée avant l’été, alors que les températures, qui dépassent régulièrement 35 °C, provoquent un usage intensif des climatiseurs. Objectif : - 15 %. Fin septembre, les producteurs d’électricité annonçaient des baisses globales des volumes d’achat allant de 12 à 15 % selon les régions.

(... )

Contrairement aux prédictions alarmistes, ces réductions n’ont entraîné ni chaos industriel ni transformation fondamentale du mode de vie des Japonais. Des mesures de bons sens et d’efficacité se constatent dans les rues, les gares, les aéroports : réorganisation plus rationnelle des trains et des métros, moindre recours à la climatisation (tous les salariés ont été invités à troquer le costume cravate pour des vêtements légers), arrêt de nombreux escaliers mécaniques, extinction massive des
enseignes et publicités lumineuses. Des milliers de distributeurs de boissons et de friandises ont été débranchés. Les usagers ont rapidement admis qu’il n’était pas indispensable d’éclairer les villes a giorno, pas plus que les bâtiments publics, où bureaux et ordinateurs sont désormais éteints la nuit. Les services de police n’ont constaté aucune augmentation de la délinquance.

Les usines ont rapidement modulé leur production pour réduire les pics de demande électrique et soulager un système électrique fragilisé, en étalant leur consommation sur l’ensemble de la semaine, avec des équipes qui se relayent pendant le week-end. Mal accueillies au début par les responsables des entreprises, ces nouvelles habitudes se sont finalement installées. Le mensuel Kankyo Business publiait en juin dernier un dossier détaillé expliquant aux industriels et aux sociétés de service comment réduire leur consommation électrique.

Alors qu’une majorité de l’opinion est désormais défavorable au nucléaire, le gouvernement n’a pas pris la décision d’en sortir. Mais le pays est en train de prouver qu’il est motivé pour essayer de se passer de ses réacteurs, dont la remise en service, pour les trois quarts, n’est toujours pas à l’ordre du jour… Le Japon prévoit déjà de moins se chauffer cet hiver.


 

 

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